À l’occasion de l’ASTRO 2026 à Boston, rendez-vous international majeur de l’oncologie radiothérapie, le Pr David Azria et Jessica Prunaretty ont exposé les travaux menés à l’Institut du Cancer de Montpellier autour de la personnalisation de la radiothérapie. Du test prédictif de radiosensibilité à l’adaptation du traitement aux variations anatomiques quotidiennes, ces recherches poursuivent un même objectif : proposer une prise en charge toujours plus adaptée aux caractéristiques individuelles des patients.
RILA : plus de 20 ans de recherche sur la radiosensibilité individuelle
Comment identifier, avant même le début d’une radiothérapie, les patients présentant un risque accru de développer des effets secondaires ? C’est tout l’enjeu des travaux consacrés au test prédictif RILA, présentés par le Pr David Azria, coordonnateur du Département de Radiothérapie de l’ICM, lors de l’ASTRO 2026. Il a été invité par le conseil scientifique de l’ASTRO pour modérer la session pédagogique du congrès américain et présenter également les tests prédictifs de radiosensibilité ce dimanche 27 Septembre 2026.
Reposant sur une simple prise de sang, ce test permet d’évaluer la radiosensibilité individuelle avant le début de la radiothérapie. Les travaux, initiés en 1997 avec le Pr Ozsahin au CHUV de Lausanne, ont ensuite été poursuivis par le Pr David Azria à son retour à Montpellier avec son équipe Inserm de Radiobiologie U1194 à l’IRCM, sur le campus de l’ICM. En 2005, le test de radiosensibilité a été validé par l’ICM grâce aux résultats de l’étude PHRC 2005 (Programme Hospitalier de Recherche Clinique) multicentrique français.
Grace à la collaboration entre les équipes de la Direction Scientifique de l’Institut : Biométrie, Centre de Ressources Biologiques (CRB), Centre de Recherche Clinique (CRC) et Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation (DRCI), cinq études cliniques majeures, consacrées aux cancers du sein et de la prostate, ont été promues et menées à l’ICM.
Elles représentent 4 619 patients inclus, dont 1 856 à l’ICM, 15 années de suivi et 33 publications. Ces travaux ont contribué à la validation du test sanguin prédictif de la toxicité individuelle, aujourd’hui intégré aux recommandations françaises de la SFRO (RECORAD).
L’objectif est d’utiliser cette information pour guider les oncologues radiothérapeutes et adapter la stratégie thérapeutique au profil de chaque patient, notamment en ajustant la dose, le volume ou le fractionnement, en adaptant la technique d’irradiation ou, si nécessaire, en envisageant une alternative thérapeutique.
À l’ICM, cette recherche s’est traduite, depuis Mars 2025, par la création d’un parcours de radiosensibilité destiné aux patientes atteintes d’un cancer du sein.

SAHARA04 : adapter la radiothérapie à l’anatomie du jour
Ces travaux se poursuivent notamment avec l’étude de phase II, SAHARA 04. À l’occasion de l’ASTRO 2026, Jessica Prunaretty, physicienne médicale du Département d’Innovations Technologiques de l’ICM, a présenté ce lundi 28 Septembre 2026, dans le cadre d’un Quick Pitch Oral, les premiers résultats techniques et dosimétriques de cette étude.
Elle évalue la radiothérapie adaptative (oART) chez des patientes atteintes d’un cancer du sein présentant à la fois un risque élevé de récidive locorégionale et un risque élevé de fibrose radio-induite. Son principe : prendre en compte les variations anatomiques observées lors de chaque séance afin d’adapter le plan de traitement avant l’irradiation.
Les résultats présentés portent sur 126 séances adaptatives réalisées chez 7 patientes. Ils montrent que l’adaptation permet d’obtenir une meilleure couverture des volumes cibles (volumes à irradier), sans dégradation de la protection des organes environnants.
La faisabilité clinique de cette approche a également été mise en évidence, avec un temps médian de traitement de 35 minutes pour l’ensemble du processus, et a confirmé l’importance de la stabilité du positionnement pendant le traitement.

De la prédiction du risque à l’adaptation du traitement
Les travaux présentés à l’ASTRO 2026 ont ainsi illustré deux dimensions complémentaires de la personnalisation de la radiothérapie : connaître en amont la radiosensibilité propre à chaque patient grâce aux travaux autour du RILA, mais aussi, adapter le traitement aux variations anatomiques observées au moment même de la séance grâce à la radiothérapie adaptative.
Cette dynamique repose sur une mobilisation collective des équipes médicales, scientifiques, de physique médicale et de recherche clinique de l’ICM, avec un objectif commun : faire progresser la précision des traitements en limitant leur impact sur les tissus sains et la qualité de vie des patients.